Qu’est-ce que l’arrangement musical ?

Pour mieux expliquer ce qu’est l’arrangement musical, il est plus facile de partir des « frontières légales » qui définissent l’activité de composition musicale.

En effet, sur le plan juridique, le compositeur d’une œuvre musicale est la personne qui en a composé les deux éléments suivants :

  1. Ses mélodies lead (celles qui sont interprétées par une voix lead ou un instrument soliste)
  2. Les harmonies (accords ou lignes mélodiques en contrepoint) qui soutiennent ces mélodies.

Bien entendu, il peut y avoir des cas particuliers :

  • Plusieurs co-compositeurs : quand par exemple une personne invente uniquement les mélodies leads et une autre se charge de trouver les harmonies, quel que soit l’ordre dans lequel ces deux éléments sont créés.
  • Une œuvre musicale sans mélodie lead : en réalité, il y en a beaucoup si on regarde du côté des compositeurs classiques. Nous verrons cela à la fin de cette fiche.

L’arrangement musical consiste en « l’art du détail » par lequel l’œuvre musicale est ensuite mise en formes et en textures.  L’arrangeur est ainsi le « plasticien » de l’œuvre musicale. Il se charge de planter le « décor » dans lequel les éléments essentiels que sont la mélodie et les harmonies vont s’intégrer.

Il joue pour cela sur des aspects considérés comme plus malléables, sans que l’essence de la composition, son intégrité, soit remise en cause. Ces aspects sont l’orchestration, la structure, la construction polyphonique, l’intégration de motifs, la construction rythmique.

Assez souvent aussi, il modifie les harmonies d’origine, soit partiellement, sur quelques moments de l’œuvre, soit de façon plus continue en choisissant de les enrichir ou de les appauvrir.

Voici un lien vers une vidéo YouTube, vous faisant entendre un exemple de réarrangement d’une chanson bien connue : https://youtu.be/9n2zTA9mMbU 

Il s’agit de la chanson,  « Under pressure », une composition de David Bowie en collaboration avec l’ensemble des membres du groupe Queen. Ce réarrangement a été conçu par l’auteur de l’article que vous êtes en train de lire.

Amusez-vous à comparer ce ré-arrangemment avec l’arrangement original. On retrouve bien l’essentiel de la composition, notamment la mélodie lead et les principales harmonies. Mais beaucoup d’aspects ont été modifiés.

A l’instar du travail de réalisateur au cinéma, qui apporte au récit écrit des idées de cadre, de lumière, de découpage / montage etc,  l’arrangeur musical transforme l’idée originale, en intégrant les éléments qui vont l’animer, la structurer, la styliser. Il peut aussi éventuellement chercher à inscrire l’œuvre musicale dans un genre musical identifiable (par ses éléments idiomatiques : orchestration, rythmes, harmonies, motifs).

L’arrangeur est aussi parfois appelé « réalisateur musical ». De nos jours, il est également fréquent qu’on associe au travail d’arrangement musical celui de la production musicale, prolongeant l’action de l’arrangeur jusqu’aux choix techniques et artistiques en jeu lors de la prise de son, du mixage, des divers traitements sonores et du sound design. L’arrangeur – producteur (« Music producer » pour les anglophones) nécessite alors une bonne expérience des équipements et dispositifs techniques audio, matériels comme logiciels, et de la synthèse sonore.

Qu’apprend-on en cours d’arrangement musical ?

Traditionnellement le cours d’arrangement prend appui sur des compositions déjà existantes : l’apprenti-arrangeur ne les compose pas, il doit « seulement » les ré-arranger. Cela permet d’être plus rapidement au cœur du travail d’arrangement. De plus, cela libère plus facilement les audaces et les expérimentations, parce que l’arrangeur va avoir tendance à se réapproprier le matériel de base, pour poser sa signature d’arrangeur.

Travailler sur l’arrangement de ses propres compositions est également possible. Quelle que soit la matière première, il est intéressant de savoir se plier à un « cahier des charges » imposé pour l’exercice. Car dans le métier, qu’il s’agisse de composition ou d’arrangement musical, il est très fréquent de devoir répondre à un « brief », c’est-à-dire une direction esthétique donnée, lorsqu’on n’est pas soi-même à l’initiative du projet.
L’arrangeur a, dans ce cas, intérêt à maîtriser plusieurs langages musicaux pour livrer la proposition musicale et sonore la plus appropriée. C’est là l’un des objectifs du cours d’arrangement musical.

Chacun des axes du cours d’arrangement musical fait d’abord l’objet d’un travail d’analyse, puis d’une mise en application des principes d’arrangement analysés. Cette mise en application consiste généralement en la réalisation d’un réarrangement d’une œuvre existante, selon une direction artistique (brief d’arrangement) définie en cours. Le travail d’arrangement fait par les participants est restitué sous la forme d’un projet utilisant les techniques de la production audio : instruments virtuels, prise de son, montage et traitements audio, mixage.

Les thèmes suivants sont généralement abordés (pas nécessairement dans l’ordre où ils sont donnés ici), avec une profondeur d’investigation variable selon les souhaits et orientation des participants.

Dissonance – animation harmonique – écriture polyphonique
Motifs – notion de tuilage
Exploration des rythmiques à travers les cultures musicales
Écriture propre à la spécificité de chaque instrument (valorisant leurs possibilités sonores)
Orchestration (la suite logique du point précédent). Appréhension des formations instrumentales à travers différentes esthétiques musicales.
Éléments caractéristiques (idiomatiques) de différents genres musicaux

À l’Atelier 440, le savoir-faire de l’arrangement est intégré au programme pédagogique de chaque formation à la composition musicale : Songwriting, Musique de film, Musiques électroniques.
Chacune de ces formations l’enseigne de façon très différenciée, en fonction des styles musicaux visés.

Quelques exemples connus d’oeuvres musicales sans mélodie lead :

  • Jean Sébastien Bach : le premier prélude du premier livre du « clavier bien tempéré », ou le prélude de la première « Suite pour violoncelle seul », sont construits intégralement sur des accords arpégés. Et chez Bach, comme chez de nombreux compositeurs de l’époque baroque ou classique,  ce type d’écriture musicale essentiellement harmonique est très courant.
  • Debussy : le poème symphonique « La mer », comme beaucoup d’autres œuvres du courant musical « impressionniste », fait entendre des myriades de motifs mélodiques, et, par intermittence, ici et là, quelques bribes de mélodies lead. Ce type d’esthétique musicale repose avant tout sur des effets orchestraux qui s’enchaînent. Tels des couleurs chatoyantes, ils saisissent l’auditeur par des contrastes de timbres, de registres, et d’harmonies. Ils évoquent les masses colorées, texturées, vibrantes et sans formes nettes de l’art pictural impressionniste.
    En quelque sorte, on pourrait dire de telles œuvres musicales, qu’elles sont quasiment intégralement conçues comme un « arrangement d’une œuvre musicale dépourvue de mélodie lead ».
    Il devient alors impossible, dans ce cas de figure, d’établir une frontière tangible entre le travail de la composition et celui de l’arrangement !