Arrangement musical : définition

Arranger une œuvre musicale consiste à caractériser son esthétique, son style, en y apportant toutes sortes de détails.

Or, comme le dit l’adage : « l’Art est dans le détail » !

Cet « art du détail » consiste en la mise en formes et en textures.  L’arrangement se charge de « planter le décor » dans lequel les éléments essentiels que sont la mélodie et les harmonies vont s’intégrer.

A l’instar du travail de réalisation au cinéma, qui apporte au récit écrit des idées de cadre, de lumière, de découpage / montage etc,  l’arrangement musical transforme l’idée originale, en intégrant les éléments qui vont l’animer, la structurer, la styliser. Il peut aussi éventuellement chercher à inscrire l’œuvre musicale dans un genre musical identifiable, par ses éléments « idiomatiques » (caractéristiques).

L’arrangement joue sur les aspects « malléables » de l’œuvre musicale, ceux qui, lorsqu’on les modifie, n’atteignent pas « l’essence » ou encore le « cœur » de la composition, mais seulement son « enveloppe » de style.

Ces aspects sont l’orchestration, la structure, la construction polyphonique, l’intégration de motifs, la construction rythmique.

L’arrangeur est ainsi le « plasticien » de l’œuvre musicale.

Certains compositeurs ne développent pas beaucoup l’arrangement de leurs œuvres musicales.

Et à l’opposé de ceux-ci, d’autres apportent un soin très attentif à cette partie de la création qui devient ainsi un élément fort de leur style.

Enfin d’autres compositeurs préfèrent déléguer l’arrangement, et donc, faire appel à des arrangeurs, spécialistes de cet « artisanat d’art ».

Un exemple d’arrangement musical ?

Comparer plusieurs arrangements musicaux d’une même chanson peut facilement faire entendre (et comprendre) le rôle de l’arrangement en complémentarité de la composition.

Voici trois vidéo YouTube.

Toutes vous font entendre la chanson « Under pressure », une composition collaborative du groupe Queen avec David Bowie.

La première vidéo, ci-dessous, vous fait entendre la chanson dans son arrangement initial, telle qu’elle est parue, d’abord en single en 1981, puis intégrée à l’album de Queen « Hot Space ».

Under Pressure – Queen & David Bowie – arrangement initial des compositeurs

La deuxième vidéo, ci-dessous, vous fait entendre une autre version qui est un réarrangement interprété par les Blooming Vowels (réarrangement conçu par l’auteur de l’article que vous êtes en train de lire).

On retrouve bien dans ce réarrangement l’essentiel de la composition, notamment la mélodie lead, les motifs de la basse et de la guitare, les principales harmonies. Mais plusieurs aspects ont été modifiés. Les harmonies et les motifs mélodiques ont été recombinés sous la forme d’une polyphonie vocale. L’accompagnement instrumental a été allégé à une guitare, quelques percussions et des claps. Certaines harmonies ont été enrichies, et certaines parties ont été ajoutées.

Dans ces deux vidéos, il s’agit bien de la même composition, mais ce qui diffère ce sont les détails des deux arrangements.

Under Pressure – Queen & David Bowie – Réarrangement des Blooming Vowels

Et enfin, voici une troisième vidéo qui vous présente toujours cette chanson mais dans un arrangement « minimaliste ».

Dans cette version de Nick Stephenson,  certains détails de l’arrangement initial ont été écartés, « réduisant » la chanson à sa mélodie lead et ses harmonies. On n’entend le gimmick de la basse qu’au tout début (gimmick = motif mélodique et rythmique court dont la vocation est de capter l’auditeur et d’être facilement mémorisé). Quant au motif de la guitare, il est remplacé par des accords joués en « strumming ».

La guitare est ici le seul instrument qui soutient la voix lead.

Beaucoup de chansons de genre « Folk » sont publiées avec ce type d’arrangement. Certains musiciens estimeront que, en fin de compte, avec ce modèle qui contient assez peu de détails on devrait plutôt parler « d’absence d’arrangement ». Mais après tout c’est aussi une forme d’arrangement que « d’apauvrir » (sans que ce terme ait ici une connotation péjorative) l’arrangement initial d’une œuvre.

Et surtout, un arrangement très minimaliste peut avoir une vertu : ne pas accaparer l’attention de l’auditeur, afin que celle-ci soit tout entièrement dédiée à l’appréciation du talent de l’interprète !

Under Pressure – Queen & David Bowie – Version de Nick Stephenson

Cette dernière idée fera sans doute remonter dans la mémoire de certains lecteurs, la sublime version de Jeff Buckley de la chanson « Hallelujah », composée par Leonard Cohen.

Un arrangement très minimaliste, qui donne à cette interprétation de Jeff Buckley un caractère très spirituel et envoûtant.

Hallelujah – Leonard Cohen – Version de Jeff Buckley

Arrangement… et réarrangements !

Sur le plan juridique, le compositeur d’une œuvre musicale est la personne qui en a composé les deux éléments suivants :

  1. Ses mélodies « lead » (principales), qu’elles soient destinées à des voix ou à des instruments
  2. Les harmonies qui soutiennent ces mélodies, qu’elles soient sous forme d’accords ou ou de lignes mélodiques polyphoniques

Il existe toutefois des cas particuliers :

  • La co-composition : quand par exemple une personne invente uniquement les mélodies et une autre se charge de trouver les harmonies, quel que soit l’ordre dans lequel ces deux éléments sont créés. 
  • Les œuvres musicales sans mélodie, ou en tout cas sans mélodie « lead ». Il y en a beaucoup par exemple chez les compositeurs classiques. Nous verrons cela à la fin de cette page. Pour autant, de telles œuvres peuvent contenir des détails qui les singularisent suffisamment pour qu’elles soient considérées comme des « originales ». L’enjeu de cette « originalité » c’est que le compositeur puisse obtenir, non seulement la reconnaissance de son apport personnel, mais aussi la possibilité d’en tirer un revenu (par les droits d’auteur).

Il arrive souvent qu’un arrangeur travaille sur une œuvre musicale déjà publiée, et connue du public dans la version de cette publication d’origine.

L’objectif de son ré-arrangement est alors de transformer celle-ci, de lui donner une « nouvelle vie ». Il s’attache néanmoins à en conserver les éléments essentiels, sans lesquels le public ne pourrait plus la reconnaître, et ne ressentirait plus cet effet de transformation recherché.

Assez souvent toutefois, l’arrangeur qui intervient sur une composition qui n’est pas la sienne (ou qui est l’une de ses anciennes compositions) modifie les harmonies d’origine, soit partiellement, sur quelques moments de l’œuvre, soit de façon plus continue en choisissant de les enrichir ou de les appauvrir.

Arrangeur ou réalisateur musical ?

De nos jours, il est également fréquent qu’on associe au travail d’arrangement musical celui de la production musicale, prolongeant l’action de l’arrangeur jusqu’aux choix techniques et artistiques en jeu lors de la prise de son, du mixage, des divers traitements sonores et du sound design.

L’arrangeur – producteur (« Music producer » pour les anglophones) nécessite alors une bonne expérience des équipements et dispositifs techniques audio, matériels comme logiciels, et de la synthèse sonore.

Célèbre exemple de Music producer : George Martin, qui était considéré comme le « cinquième » Beatles. Bien moins connu du grand public que les « Fab Four », il a pourtant fourni un apport considérable dans le style musical et sonore de ce groupe qui a marqué l’Histoire de la musique.

Aujourd’hui, en France, on désigne généralement par le terme « réalisation musicale » le travail fourni par ce type d’arrangeurs-producteurs.

Qu’apprend-on en cours d’arrangement musical ?

Traditionnellement le cours d’arrangement prend appui sur des compositions déjà existantes : l’apprenti-arrangeur ne les compose pas, il doit « seulement » les ré-arranger. Cela permet d’être plus rapidement au cœur du travail d’arrangement. De plus, cela libère plus facilement les audaces et les expérimentations, parce que l’arrangeur va avoir tendance à se réapproprier le matériel de base, pour poser sa signature d’arrangeur.

Travailler sur l’arrangement de ses propres compositions est également possible. Quelle que soit la matière première, il est intéressant de savoir se plier à un « cahier des charges » imposé pour l’exercice. Car dans le métier, qu’il s’agisse de composition ou d’arrangement musical, il est très fréquent de devoir répondre à un « brief », c’est-à-dire une direction esthétique donnée, lorsqu’on n’est pas soi-même à l’initiative du projet.
L’arrangeur a, dans ce cas, intérêt à maîtriser plusieurs langages musicaux pour livrer la proposition musicale et sonore la plus appropriée. C’est là l’un des objectifs du cours d’arrangement musical.

Chacun des axes du cours d’arrangement musical fait d’abord l’objet d’un travail d’analyse, puis d’une mise en application des principes d’arrangement analysés. Cette mise en application consiste généralement en la réalisation d’un réarrangement d’une œuvre existante, selon une direction artistique (brief d’arrangement) définie en cours.

Le travail d’arrangement fait par les participants est restitué sous la forme d’un projet utilisant les techniques de la production audio : instruments virtuels, prise de son, montage et traitements audio, mixage.

Les thèmes suivants sont généralement abordés (pas nécessairement dans l’ordre où ils sont donnés ici), avec une profondeur d’investigation variable selon les souhaits et orientation des participants.

  • Dissonance – animation harmonique – écriture polyphonique
  • Motifs – notion de tuilage
  • Exploration des rythmiques à travers les cultures musicales
  • Écriture propre à la spécificité de chaque instrument (valorisant leurs possibilités sonores)
  • Orchestration (la suite logique du point précédent). Appréhension des formations instrumentales à travers différentes esthétiques musicales.
  • Éléments caractéristiques (idiomatiques) de différents genres musicaux

Où apprendre l’arrangement musical ?

À l’Atelier 440, le savoir-faire de l’arrangement est intégré au programme pédagogique de chaque formation à la composition musicale : Songwriting, Musique de film, Musiques électroniques.
Chacune de ces formations l’enseigne de façon très différenciée, en fonction des styles musicaux visés.

Formation longue

Songwriting

Exprimez votre créativité en composant des chansons

Formation longue

Musique de film

Explorez le contrepoint des lignes mélodiques et celui de la narration

Formation longue

Musiques électroniques

Développez votre singularité artistique par le sound design

Quelques exemples connus d’oeuvres musicales sans mélodie lead :

  • Jean Sébastien Bach : le premier prélude du premier livre du « clavier bien tempéré », ou le prélude de la première « Suite pour violoncelle seul », sont construits intégralement sur des accords arpégés. Et chez Bach, comme chez de nombreux compositeurs de l’époque baroque ou classique,  ce type d’écriture musicale essentiellement harmonique est très courant.

  • Debussy : le poème symphonique « La mer », comme beaucoup d’autres œuvres du courant musical « impressionniste », fait entendre des myriades de motifs mélodiques, et, par intermittence, ici et là, quelques bribes de mélodies lead. Ce type d’esthétique musicale repose avant tout sur des effets orchestraux qui s’enchaînent. Tels des couleurs chatoyantes, ils saisissent l’auditeur par des contrastes de timbres, de registres, et d’harmonies. Ils évoquent les masses colorées, texturées, vibrantes et sans formes nettes de l’art pictural impressionniste.

    On pourrait dire de telles œuvres musicales, qu’elles sont quasiment intégralement conçues comme un arrangement d’une œuvre musicale dépourvue de mélodie lead.

    Il devient alors impossible, dans ce cas de figure, d’établir une frontière tangible entre le travail de la composition et celui de l’arrangement !